Le dossier Artisanat Points de Vue

Si je devenais artisan ?

Voici le billet d’Anne, guest-blogueuse pour Bloomr, maintes fois tentée par la voie de l’artisanat .

Je ne tiens plus le compte de toutes ces fois où je me suis demandée si je ne devrais pas tout quitter, mon métier et ma zone de confort, pour travailler dans l’artisanat. Synonymes pour moi d’un retour aux sources, d’un travail de la matière et de l’éveil des sens, les métiers manuels me fascinent. Peut-être parce qu’ils répondent à mon besoin de concret,qui n’a pas été comblé par mes études bac +5, à mon plus grand regret. De plus en plus je ressens une envie de voir le résultat de mes actions, leur impact matériel, de savoir que ce qui me pousse à me lever tous les matins est utile à la société. Bref, j’ai besoin d’un travail qui a du sens et en lequel je crois. L’artisanat, avec son rapport direct à la matière, répond bien à cette attente.


Il semble que je ne sois pas la seule aujourd’hui avec cette aspiration . Beaucoup ont même osé sauter le pas. Si l’on en croit une étude de l’APEC* (Association pour l’Emploi des Cadres), publiée en 2015, 14% des jeunes diplômés de niveau bac+4 ou plus disent avoir vécu un changement significatif d’orientation professionnelle dans les 2 années qui ont suivi l’obtention de leur diplôme. Ne serait-ce que parmi mes anciens camarades de classe, l’une est devenue fleuriste, l’autre a décidé de faire un CAP boulangerie, une autre encore, actuellement chargée de ressources humaines, ne rêve que de faire un CAP pâtisserie pour ouvrir sa propre enseigne ! Sans compter ceux qui se sont reconvertis dans d’autres métiers que l’artisanat, comme ce garçon qui a fait un séminaire pour devenir prêtre, celui qui a entamé des études de philosophie ou cette fille qui s’est tournée vers la médecine…

L’artisanat, un aimant à reconversions

Parmi tous ceux qui se reconvertissent, qu’ils soient jeunes diplômés ou plus expérimentés, beaucoup le font dans les métiers manuels (en 2010, 56% des artisans étaient d’anciens cadres, selon l’Assemblée permanente des chambres de métiers et de l’artisanat). La raison ? C’est essentiellement un besoin de concret, de pouvoir mesurer l’impact de leur travail, qui les incite à se tourner vers les métiers les plus concrets qui soient: ceux de l’artisanat. Et ces réorientations ne sont pas l’apanage des jeunes, il n’y a pas d’âge pour décider de donner un autre tournant à sa vie et de se réorienter. Ce qui anime toutes ces personnes et transcende les générations c’est cette envie de se sentir utile et cette conviction que tenir compte des aspirations personnelles est la clé d’une vie réussie  tant privée que professionnelle.

Comment se fait-il qu’autant d’entre nous opèrent un revirement si brutal ? N’étaient-ils pas en mesure de s’orienter vers ces métiers du premier coup ?

Des métiers dévalorisés dans le système scolaire

Les métiers de l’artisanat sont encore largement dévalorisés par les professionnel de l’orientation, et pâtissent d’une image pas toujours positive : métiers sans débouchés, qui gagnent peu, ardus, ingrats…La liste des raisons invoquées, souvent à tort, est longue. C’est pourquoi, peu de jeunes s’orientent spontanément vers ces métiers, considérés comme des voies de garage pour ceux qui ont de faibles résultats scolaires.

Dis-moi ta note et je te dirai qui tu es . . .

Telle une voyante capable de prédire le futur seulement en lisant les lignes de la main, l’Education Nationale incite les élèves aux meilleurs bulletins scolaires à se lancer dans les voies générales scientifiques et commerciales. A contrario, elle réservera plutôt les CAP, et donc les métiers artisanaux, à des élèves aux résultats scolaires plus bas. Certes, la mission des conseillers d’orientation est de guider les élèves dans l’imbroglio des filières pour leur permettre de faire le meilleur choix possible, et c’est aussi le rôle des parents et des enseignants de les écouter et d’échanger avec eux, mais dans le respect de leurs envies et aspirations. Malheureusement, parents, enseignants et conseillers d’orientation font souvent peser leurs propres croyances, idées reçues et convictions sur la décision des élèves.

« Passe ton bac d’abord et on verra ensuite »

« Tu veux faire ça aujourd’hui mais je suis sûr que demain tu voudras faire autre chose »

« Les activités manuelles c’est bien, mais en loisir »

« Ce n’est pas un vrai métier ça, fais de vraies études avec de vrais débouchés »

Ca vous rappelle quelque chose ? Des phrases que vous avez sûrement déjà entendues de la bouche de vos parents ou professeurs. Car les métiers artisanaux ont mauvaise presse auprès d’eux. Dans une étude réalisée en 2011 par l’institut de sondage Opinion Way** 83% des répondants estiment que les métiers de l’artisanat sont insuffisamment valorisés dans le système scolaire.  L’éducation nationale n’incite pas les jeunes à s’orienter vers ces filières, alors même que les métiers manuels font face à une pénurie de main d’œuvre et que les filières classiques prennent leur temps à former des élèves à des métiers parfois sans débouchés s. D’après le site Portails Avenirs de la Chambre des Métiers et de l’Artisanat, l’artisanat est la 1ère entreprise de France avec 100 000 embauches chaque année et le départ à la retraite de 300 000 actifs dans les 10 ans à venir. C’est un gisement d’emplois inespéré dans une société qui peine à embaucher tous ses diplômés. D’autant plus que si les départs à la retraite ne sont pas compensés par des embauches, il y a un risque de pertes de compétences pour les métiers de l’artisanat. Un triste sort pour des professions aussi nobles et indispensables à notre quotidien . . .

Pourquoi l’Education Nationale et les parents dévalorisent-ils à ce point l’artisanat ? La première piste d’explication est la vision du secteur considéré comme “moins intellectuel” que les filières classiques.  Assimilé à une activité physique éreintante exercée dans des conditions de travail difficiles, l’artisanat fait pâle figure, en apparence, à côté de ces nobles métiers dits “intellectuels”, seulement accessibles par de longues études. L’idée que les diplômes les plus élevés et une accumulation de connaissances, plus théoriques que pratiques, sont signes de réussite prévaut en France. De fait, les élèves sont rarement orientés vers ces filières, sauf ceux ayant des difficultés scolaires. Une autre piste d’explication avancée par le site Orientation Pour Tous est l’incapacité du système de l’orientation à présenter les carrières de l’artisanat, trop méconnues car ces métiers se transmettent souvent de génération en génération et ne sortent pas du cadre familial. S’orienter vers ce secteur apparaît donc comme un choix risqué du fait de l’ignorance des différents acteurs supposés renseigner l’élève.

Une image qui se dépoussière

Heureusement cette situation est en train de changer. Si l’Education Nationale ne montre pas de volonté de changement,  la société, quant à elle, considère de plus en plus l’artisanat. Originellement perçu comme traditionnel et en déclin, le secteur parvient à se moderniser et à se rendre plus attractif aux yeux des jeunes par l’utilisation de matériaux de plus en plus innovants. De plus, de nouveaux métiers se développent avec l’utilisation du numérique, des technologies de pointe et une sensibilisation croissante des personnes aux enjeux d’éco-responsabilité qui bénéficie aux petits commerçants. Avec les food-trucks et les produits « faits maisons », c’est une image de l’artisanat à la fois défenseur de la nature et innovant qui émerge aujourd’hui, un secteur qui allie concret et modernité face à un monde hyper connecté et dématérialisé.

Cette modernisation des métiers artisanaux s’accompagne d’une reconsidération des préjugés et d’un changement positif des mentalités collectives en faveur des filières manuelles. D’après une enquête de l’Ifop de 2007 ***, l’artisanat est un secteur dont l’image évolue positivement, assimilé comme étant « créateur d’emploi », « adapté aux besoins des consommateurs » et « moderne » (plus auprès du grand public que des jeunes). Les artisans sont perçus de façon très positive par tous et plus d’un jeune sur deux se dit disposé, dans cette étude, à travailler dans le secteur de l’artisanat. Deux ans plus tard l’enquête d’Opinion Way**** montre que l’artisanat est perçu comme plus moderne qu’auparavant chez les jeunes, même s’il incarne toujours plus la tradition que la modernité et l’innovation.

Dans cette même enquête, plus du 3/4 des répondants (74% du grand public, 85% chez les jeunes) ne sont pas d’accord avec l’idée reçue que « Les métiers de l’artisanat sont réservés à ceux qui ne sont pas capables de suivre des études secondaires ou supérieures ». Les mentalités évoluent, et chaque jour qui passe voit la côte de l’artisanat augmenter de plus en plus.

C’est donc un futur plein d’espoir qui s’annonce pour le secteur. Moins dévalorisé qu’autrefois, voire même admiré, l’artisanat séduit de plus en plus les jeunes générations, plus à mêmes de s’orienter dans ces filières. Un schéma gagnant-gagnant qui fait le bonheur de tous et qui explique pourquoi aujourd’hui beaucoup de personnes se reconvertissent dans les métiers manuels. Les masques tombent et les rôles s’inversent, l’artisanat devient à son tour le Saint Graal face à des filières classiques qui déçoivent par leur manque de sens et de concret.

Alors, pourquoi ne pas tenter l’aventure?

Sources :

* Apec, La réorientation professionnelle en début de carrière, septembre 2015

** : Les artisans et l’esprit d’entreprise, perception et image de leur métier 

*** Le regard des Français sur l’artisanat

**** Baromètre d’image : le regard de l’Artisanat


Auteur de l’article: Anne, inscrite au programme Bloomr.

Diplômée d’école de commerce et autodidacte, je suis passionnée par des sujets aussi variés que le dessin, le cinéma ou le développement personnel. L’orientation est un enjeu phare qui est bien trop souvent pris à la légère dans notre société. Aujourd’hui, nos aspirations ont souvent moins de valeur que notre bulletin de note, c’est pourquoi j’ai envie d’apporter ma pierre à l’édifice pour que chacun trouve sa voie et exprime son plein potentiel.

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