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Marc – De la finance à l’ébénisterie… à la finance. Récit d’une reconversion suspendue

Le témoignage suivant peut sembler détonner car il présente une autre vision de la reconversion vers l’artisanat,moins idyllique, mais qui parlera sûrement à beaucoup d’entre vous qui se trouve dans la même situation que Marc. A travers ce récit nous voyons qu’il est légitime de faire marche arrière et qu’il n’y a pas de raison de s’en vouloir. L’essentiel est d’être au clair sur les raisons qui peuvent nous pousser à interrompre une reconversion et de tirer le meilleur de cette expérience, comme Marc le fait en prenant du recul sur cette période et en laissant la porte ouverte à l’ébénisterie, que ce soit en reconversion ou en hobbie.

Notre guest-blogueuse Anne a recueilli son témoignage pour Bloomr. 


Marc a 28 ans. Très bon élève, il a toujours eu d’excellents résultats dans les matières à haut coefficient et a donc naturellement suivi la voie “royale” en faisant une école de commerce prestigieuse, après deux années de classes préparatoires.

Marc, c’est la personne sérieuse sans l’être. Il s’implique beaucoup dans son travail et est celui avec qui on passe de bons moments, sociable et jovial. Très curieux, il s’investit complètement dans ses projets, souvent multiples, et aime varier les expériences. Après son diplôme d’école de commerce, il opte pour un poste en contrôle de gestion. Mais, 4 ans plus tard, il a comme un besoin de concret, une « envie de continuer à apprendre » et « le désir de découvrir un métier manuel », après ses longues années en finance.

L’artisanat, ce bel inconnu

Le métier d’ébéniste ? C’est par hasard qu’il en entend parler pour la première fois, de la bouche de son beau-frère, cuisinier, qui voulait en faire son métier. Ce qui le séduit dans l’ébénisterie c’est « le rapport à la matière, l’expertise nécessaire au travail du bois, le retour au manuel après des études très intellectuelles », il a eu comme « l’impression de rentrer dans un univers d’initié ». Fasciné par le métier, il voit petit à petit se dessiner dans son esprit les contours d’une idée, celle d’une future orientation dans ce domaine. Peu de temps après, profitant d’un déménagement dans un autre pays, il prend le temps de réfléchir plus longuement à la question et décide de tenter l’aventure. Pour cela, il entreprend de chercher la « meilleure formation et la plus adaptée », ce qui passe par « beaucoup de recherches sur internet ».

Reste ensuite à informer son entourage de sa décision. Ce qui n’est pas sans difficulté, car se réorienter vers le métier d’ébéniste est un choix radical qui n’est pas vraiment vu d’un bon œil par ses proches.

« Mon entourage ne m’a pas pris au sérieux. Certains ont été impressionné de ce choix drastique, d’autres n’y ont pas cru et ont considéré cela comme de l’éparpillement. »

Premiers pas en ébénisterie: début … et fin

Les inquiétudes et les doutes soulevés par l’entourage de Marc sont compréhensibles et fréquents chez tous ceux qui envisagent une reconversion dans l’artisanat, car la vie d’ébéniste est très différente de celle d’un directeur financier. Mais cela n’arrête pas Marc qui opte pour « un genre de CAP Ébénisterie en Belgique à l’Ecole des Arts et Métiers en menuiserie d’une durée de 3 ans. ».  La formation lui plait beaucoup mais le rythme est intense, d’autant plus qu’il choisit les cours du soir « tous les jours de 17h30 à 21h » et que certaines matières, comme le dessin industriel, se déroulent le week-end. En plus de ces horaires astreignants qui l’empêchent d’assister à tous les cours, Marc réalise que la formation présente peu de débouchés. Il prend donc la décision de l’arrêter et de retourner vers la finance.

A l’heure du bilan : une expérience positive

Malgré le fait qu’il ait arrêté sa formation, Marc ne regrette pas son expérience qui lui a permis de mieux cerner ce qu’il recherche et les avantages et inconvénients du métier. En effet, elle lui a montré l’envers des métiers manuels auquel il est parfois difficile de s’adapter après de longues études et l’habitude à un travail non physique. L’impératif financier d’abord, car l’ébéniste a des « revenus non fixes » et doit faire des « investissements importants en machinerie ». Le manque de débouchés du métier d’ébéniste ensuite (NDLA: c’est loin d’être le cas pour tous les métiers manuels, au contraire, car l’artisanat peine à recruter): « Les débouchés ne sont pas très importants sauf à aller dans des métiers de niche, mais dans ce cas il faut être doué et suivre assidûment les cours ». De plus, la fatigue physique peut aussi être durement ressentie chez une personne plus habituée à des métiers plus intellectuels car il y a « beaucoup de travail » et une certaine « pénibilité bruit/posture »·

Enfin, un artisan débutant doit aussi être prêt à faire face à la concurrence croissante :

« La machine a pris le pas en menuiserie et l’ébénisterie reste beaucoup dans le sur mesure (et donc le marché de niche) et la restauration. »

Marc insiste notamment sur l’importance d’avoir un réseau, composante essentielle trop méconnue dans la fonction :

« Il faut bien connaitre les interlocuteurs et avoir un bon réseau pour acheter son bois/trouver un marché » afin de faire face à la « concurrence féroce des IKEA et autres sur des choses simples »

En dépit de cela, Marc garde cette conviction qu’un métier manuel peut apporter beaucoup de bienfaits. La satisfaction de voir le résultat concret de son travail, l’attention portée au détail, les heures perdues à travailler la matière. . . Le manque de débouchés et le risque financier ne sont pas des difficultés insurmontables si l’étincelle, la motivation et la persévérance sont là. Marc n’hésite pas à affirmer qu’il pourrait réitérer l’expérience si son emploi du temps s’y prête et s’il trouve une formation plus courte, ayant beaucoup apprécié la « notion de concret [du métier d’ébéniste], de résultat tangible (comme un cadre réalisé, un tenon mortaise réussi ou raté) » et le fait de n’être « plus face à un résultat mathématique juste ou faux, [d’être] face à un objet moche ou beau, bien coupé ou mal coupé, qui tient bien ou pas », dans ce métier ce qui est bien c’est qu’ « il n’y a pas d’approximatif ».

Le mot de la fin

Marc est convaincu qu’il retournera vers l’ébénisterie, mais peut-être en hobby plutôt qu’en métier, et pourquoi pas apprendre un jour à monter et créer ses propres meubles. . .

Son métier rêvé  ? Celui qui lui permettra de « vivre de [ses] mains autant que de [son] cerveau », et en ce sens l’ébénisterie remplissait bien les critères.  En effet, pour pouvoir « réaliser les plans de coupe en amont, et avoir une bonne vision 3D pour ne pas se louper à la découpe et à l’assemblage » il est important d’avoir un bon esprit d’analyse…comme en finance.

En apparence, l’ébénisterie répondait bien à ses besoins donc, mais pour qu’une reconversion soit réussie il est indispensable qu’elle s’effectue dans un cadre qui nous convient. C’est un grand changement et il vaut parfois mieux faire deux pas en avant et un pas en arrière afin de repérer le terrain avant de faire le grand saut final en toute sérénité, plutôt que sauter sans confiance et envie. Il n’y a pas de bons ou de mauvais choix, l’essentiel est juste de ne pas vivre avec des regrets, seulement des remords


Auteur de l’article: Anne, inscrite au programme Bloomr.

Diplômée d’école de commerce et autodidacte, je suis passionnée par des sujets aussi variés que le dessin, le cinéma ou le développement personnel. L’orientation est un enjeu phare qui est bien trop souvent pris à la légère dans notre société. Aujourd’hui, nos aspirations ont souvent moins de valeur que notre bulletin de note, c’est pourquoi j’ai envie d’apporter ma pierre à l’édifice pour que chacun trouve sa voie et exprime son plein potentiel.

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